L'idée que les comètes ont été décisives pour l'apparition de la vie sur Terre pourrait être plus fragile qu'on ne le pensait. Une nouvelle étude, publiée dans Scientific Reports et relayée par CNN le 31 octobre 2026, a simulé 100 000 fois les débuts de l'histoire de la planète et conclu que les fragiles molécules organiques transportées par les comètes survivaient difficilement à l'impact.
La théorie remise en question remonte loin : l'idée que les comètes auraient pu déposer de l'eau et des molécules organiques à la surface terrestre date d'au moins 1961, dans le cadre plus large de la panspermie, postulée scientifiquement en 1908, selon laquelle les ingrédients de la vie auraient pu venir de l'espace.
L'étude se concentre sur le cyanure d'hydrogène (HCN), un précurseur important de la chimie prébiotique — les réactions qui produisent les briques de la vie — déjà détecté dans des dizaines de comètes, dont Halley et Hale-Bopp. Combiné à l'eau, le HCN peut conduire aux acides aminés, les molécules qui composent les protéines.
Le problème, selon les auteurs, est la violence de l'arrivée. Au début de l'histoire de la Terre, il y a plus de 4 milliards d'années, la planète a pu être bombardée par plus de 100 000 comètes de plus de 100 mètres. Mais les simulations indiquent que les vitesses d'impact typiques détruiraient la majeure partie du HCN et que, lors d'un impact océanique, le composé se diluerait rapidement.
Les chiffres donnent la mesure du doute : dans 54 % des simulations, il n'y a eu aucun impact ; dans les 46 % restants, il y en a eu au moins un, et seule une « petite minorité » a atteint trois collisions. L'auteur principal, Richard Anslow, alors doctorant à l'Institut d'astronomie de l'université de Cambridge, souligne qu'on ne peut pas exclure avec certitude qu'il n'y ait jamais eu d'impact réussi — mais il aurait exigé une coïncidence improbable : le « lieu parfait », avec de l'eau liquide et les autres composés nécessaires déjà présents.
Il y a un second obstacle : même si le HCN arrivait intact, les comètes n'apportent pas systématiquement d'autres précurseurs nécessaires, comme les composés de phosphore et de soufre. Et, comme le lieu d'impact est aléatoire, rien ne garantirait que tout ce dont la chimie prébiotique a besoin soit réuni au même endroit.
Si les comètes n'ont pas fait le travail, d'autres hypothèses subsistent. L'une est que la « soupe primordiale » de la Terre elle-même a synthétisé les molécules nécessaires. Une autre est que les astéroïdes — qui frappent en général plus lentement et en plus grand nombre — ont été une meilleure source cosmique, hypothèse renforcée par des échantillons des astéroïdes Bennu et Ryugu, qui contiennent la plupart des acides aminés formant les protéines.
L'étude ouvre aussi une porte curieuse pour Mars : comme la planète est plus petite et plus éloignée du Soleil, les vitesses d'impact typiques des comètes y sont plus faibles — Mars a donc pu être un environnement plus favorable à la préservation du HCN venu des comètes que la Terre primitive.
Il ne faut pas exagérer la conclusion. Des chercheuses interrogées par CNN, qui n'ont pas participé à l'étude, rappellent que le HCN a pu réagir avant même que les comètes n'entrent dans l'atmosphère terrestre, créant des composés moins volatils et plus susceptibles de survivre — autrement dit, l'inefficacité de la livraison de HCN intact ne supprime pas complètement un rôle des comètes dans l'inventaire organique prébiotique de la Terre. L'étude est donc une remise en question fondée sur des simulations, pas un verdict final sur l'origine de la vie.
Crédit image : NASA — comète 41P/Tuttle-Giacobini-Kresak, sur une image de la mission Swift de la NASA.
Sources : CNN — une étude remet en question le rôle des comètes dans l'origine de la vie (étude publiée dans Scientific Reports).
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